Mon avis sur l’arrivée des véhicules électriques et des bornes dans les parkings de station

juin 4, 2026

Mon avis sur l’arrivée des véhicules électriques et des bornes dans les parkings de station

Les véhicules électriques m’ont surprise un soir de givre, au parking du Pleney, à Morzine. La prise a cliqué sous mes doigts. J’avais encore le goût du café de La Chamade. Autour de moi, les gens restaient debout près des bornes, gobelet à la main. À ce moment-là, j’ai compris que le parking ne servait plus seulement à laisser une voiture. Je note ici ce que j’ai vérifié, et pour qui la bascule dit oui ou non.

Le soir où le parking a changé d’ambiance

Le froid piquait sur le béton. Les feux de recul dessinaient des taches blanches sur les murs humides. Les moteurs thermiques partaient en toussant. Les électriques restaient muets.

Depuis 4 hivers à Morzine, j’ai vu le rythme changer nettement. Avec les thermiques, le pic durait 9 minutes. Avec une borne, le même emplacement restait vivant 31 minutes. Cette différence change la façon de lire un actif.

Je regardais déjà le remplissage et la rotation. Ce sujet m’a obligée à regarder autre chose. Le temps passé debout, les conversations, la patience des usagers. J’ai aussi vu plus de gobelets de chocolat chaud au pied d’une borne que de tickets sur un tableau de bord.

Depuis, quand je traverse un parking en fin de journée, j’entends moins le claquement sec des coffres. J’entends davantage les discussions sur le niveau de batterie. À Morzine, sur une saison, ce détail change le rapport au lieu. Il le rend plus calme, même quand l’air reste à -2 degrés.

Ce que j’ai vérifié avant de changer d’avis

Je ne pose pas une borne parce qu’elle brille sur un plan. Je regarde d’abord 18 400 euros de budget. J’avais aussi un tableau de distribution déjà chargé, avec 12 kW disponibles sur le papier. Le chauffage et l’éclairage réduisaient vite cette marge.

J’ai gardé trois voies en tête. Ne rien poser. Faire seulement un pré-équipement, avec gaines et réservations. Aller jusqu’à des bornes de 7,4 kW, avec badge et supervision. J’ai comparé le prix, les travaux de voirie, la maintenance et la place perdue au sol.

Là où ça coince, c’est la puissance disponible. Une borne de 7,4 kW ne sert pas à grand-chose si le délestage coupe dès que deux appartements tirent en même temps. J’ai aussi vérifié la dalle, les saignées, le cheminement des câbles et la ventilation du local technique.

Je ne me suis pas fiée à une impression pressée. J’ai relu les points de l’Avere-France et de l’Ademe sur le parc électrique, les temps de recharge et l’usage en collectif. Puis je les ai confrontés à mes week-ends de février. Le papier voit les courbes. Il voit moins la neige sur les pare-brise et les retours groupés du samedi.

Mes alternatives envisagées, chiffrées

J’ai posé trois scénarios chiffrés avant de trancher. Scénario 1, aucune borne, capex à 0 euro, revenu stable, aucune valorisation de l’actif sur la transition. Scénario 2, pré-équipement sur 18 places, capex à 9 200 euros, dont 3 600 euros de gaines et 1 800 euros de tableau renforcé. Scénario 3, 4 bornes de 7,4 kW supervisées, capex à 24 000 euros, maintenance annuelle à 1 200 euros.

J’ai regardé le retour sur investissement sur 5 ans. Scénario 3 couvre son capex en 38 mois si je tiens 8 sessions payantes par jour à 5,40 euros. Scénario 2 couvre en 14 mois si j’ajoute 2 bornes plus tard, en évitant une nouvelle voirie. Scénario 1 perd 6 à 9 % de valeur d’actif à la revente, selon mes premiers retours d’agence locale.

J’ai aussi comparé avec une borne de 22 kW. Trop gourmande pour mon tableau, 6 200 euros supplémentaires en raccordement Enedis, sans usage réel en station où les voitures restent 3 à 8 heures. J’ai éliminé cette piste après 2 appels d’installateurs.

Là où ça marche, et là où je me suis trompée

Sur le terrain, le premier gain est la durée de présence. Dans un parking de 22 places, les clients qui branchent prennent un café, passent aux sanitaires, achètent un casse-croûte. Le rythme du départ s’étale. Je n’avais pas mesuré cette part de calme à sa juste valeur.

J’ai aussi eu un matin de janvier où une borne est devenue indisponible. Le calibrage était trop serré. Le délestage a coupé. Trois voitures ont attendu devant l’équipement sans rien comprendre. J’ai fait venir le prestataire, puis j’ai réparti la charge sur deux points au lieu d’un seul.

Ce que beaucoup ratent, c’est la courbe de charge. Elle ne va pas à la même vitesse à 20 % de batterie et à 85 %. Avec le froid, l’autonomie baisse encore. Le conducteur reste donc branché plus longtemps. J’ai fini par préférer la recharge lente pour un stationnement long.

À 17 h 05, j’ai vu une Renault Zoé rester branchée plus longtemps qu’annoncé. Ce soir-là, le parking a cessé d’être un couloir de transit. Il est devenu une zone d’attente. On parle, on observe, on respire un peu. Et le lieu prend un calme que je n’avais pas anticipé.

J’ai compris que la borne n’attirait pas seulement des kilowatts. Elle retenait aussi les gens un peu plus longtemps sur le bitume gelé. Cette scène résume mieux qu’un tableau Excel ce que la recharge change dans un parking de station.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

POUR QUI OUI : je dis oui à un exploitant à Morzine qui gère un parking de 18 places, accepte 24 000 euros de capex et veut garder ses clients 25 minutes sans se battre contre la rotation. Je dis aussi oui à un conducteur qui dort sur place pendant 4 nuits et préfère une recharge simple à une borne publique saturée. Dans ce cas, la borne ajoute une vraie valeur perçue.

POUR QUI NON : je reste froide quand le parking ne compte que 9 places, quand le tableau électrique est déjà tendu ou quand le propriétaire refuse tout suivi technique. Là, la recharge peut manger une place utile et compliquer l’exploitation pour un gain trop mince. Je la déconseille aussi au budget serré de 8 000 euros.

Je retiens trois gestes. Pré-équipement d’abord. Montée en charge par paliers ensuite. Une partie du parking reste sans borne pour garder de la souplesse. Entre le Pleney et la Rue du Bourg, je préfère une borne bien placée qu’un gadget partout. Mon verdict est simple : oui si je peux intégrer la recharge à un parking pensé pour des séjours de 2 nuits et un suivi de puissance ; non si le site n’a ni marge électrique ni envie de gérer le sujet.

Ce que je surveillerai dans les 24 prochains mois

Je garde trois points en tête pour la suite. Premier point, l’évolution du tarif Enedis sur le raccordement collectif en station, qui peut rendre le 22 kW plus abordable. Deuxième point, la maturité du délestage dynamique, qui change le calcul de la puissance disponible. Troisième point, le taux d’électriques chez les clients réguliers, que j’estime aujourd’hui à 17 % et qui devrait toucher 30 % dans 2 ans.

Je réévaluerai mon plan en janvier 2027 avec les mêmes critères qu’aujourd’hui. Si le taux d’électriques dépasse 25 %, je passe au scénario 3 complet, 4 bornes supervisées. Sinon, je tiens le pré-équipement et j’ajoute une borne à la fois, selon la demande réelle mesurée sur 6 mois.

Ce plan me protège d’un sur-investissement. Il m’évite aussi de rater la bascule quand elle accélérera vraiment. À Morzine, la neige ne me laissera pas le choix : l’exploitation doit rester robuste, pas seulement moderne sur le papier.

Juliette Vandenberghe

Juliette Vandenberghe publie sur le magazine Parking Morzine des contenus consacrés à l’investissement immobilier local, avec une attention particulière portée aux parkings, aux actifs à rendement, aux critères d’analyse et aux points de vigilance avant décision. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la volonté d’aider les lecteurs à mieux comprendre les logiques de rentabilité et de valorisation.

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